
Chers frères et sœurs: prêtres, consacrés et fidèles laïcs, membres tous de la famille de Dieu, que la paix du Christ, notre Roi et notre Rédempteur soit avec vous!
1. Chaque année, l’Eglise
nous offre l’occasion de nous approcher de Dieu davantage par en nous invitant
à accomplir plus que d’habitude des exercices de piété, à travers la prière, le
jeûne et l’aumône. Plus ces exercices nous rapprochent de Dieu, plus ils nous
rapprochent aussi du prochain, en ce sens que nous obtenons le cÅ“ur semblable Ã
celui de Jésus, qui était toujours compatissant envers les affamés qu’il
nourrissait et les désespérés à qui il annonçait la Bonne Nouvelle d’espérance.
En effet, l’amour de Dieu se
manifeste à travers l’amour du prochain parce que, comme le dit Saint Jean,
celui qui n’aime pas son frère qu’il voit ne saurait aimer Dieu qu’il ne voit
pas (cf.1Jn 4, 20). L’amour du prochain est la preuve de notre amour envers
Dieu. Sinon, ce serait uniquement de
vains mots. Bien plus, notre amour authentique de Dieu ne se réalise par notre
écoute inlassable de la parole de Dieu et sa mise en pratique.
2. Dans la première lecture,
nous avons entendu comment Dieu a visité Abraham et lui a demandé une chose
vraiment difficile : celle de quitter
son pays natal et la terre de son père pour aller vivre dans une région
inconnue. En lui donnant l’ordre d’allerÂ
s’installer dans un autre pays, Dieu lui demande de commencer une
nouvelle vie. Et chacun sait combien cela n’est pas du tout facile. Mais,
Abraham obéit spontanément à cet ordre du Seigneur, parce qu’il croit que la
parole de Dieu possède toujours le pouvoirÂ
de créer un grand bien dans la vie de l’homme.
3. La parole de Dieu
s’accompagne toujours d’une promesse. C’est pourquoi Dieu dit à Abraham: une
fois arrivé dans le pays que je t’indiquerai, je ferai de toi un grand peuple,
je te bénirai et magnifierai ton nom.Â
Mais il faut comprendre qu’il bénéficiera de ces bénédictions si et seulement
si il accepte de quitter cette terre qu’il habite pour aller s’installer là où
Dieu lui indique.
Ainsi donc son bonheur
réside dans le fait de quitter cette terre qu’il habitait pour aller vivre lÃ
où Dieu lui a préparé. Abraham a spontanément cru et espéré en la parole de
Dieu, ce qui lui a mérité des bénédictions. Nous doutons souvent de la parole
de Dieu, ce qui nous prive de ses bénédictions. Comme Abraham a quitté sa terre
natale, ainsi sommes-nous invités à quitter nos habitudes et nos pensées, pour
avancer dans l’accomplissement de la volonté de Dieu.
4. De même, dans l’Evangile,
Jacques, Jean et Pierre, tout en ignorant jusqu’où le voyage leur proposé par
Jésus pouvait les mener, ont accepté de le faire avec lui jusque au Mont
Thabor. Tout comme Jésus a fait le voyage qui l’a fait quitter la gloire de la
Sainte Trinité pour venir auprès des pécheurs en vue de les sauver, ainsi,
sommes-nous invités à notre tour à quitter ce qui ressemble à notre gloire pour
nous rapprocher de nos frères et sÅ“urs etÂ
partager avec eux en toute humilité.
Quand tu acceptes de faire
ce voyage, c’est là où tu fais l’expérience du bonheur véritable. Cet Evangile
nous l’a bien dit: c’est parce que les trois disciples ont accepté de faire ce
voyage avec Jésus que le bonheur véritable leur a été dévoilé. L’Apôtre Pierre
s’exprime au nom des autres et illustre cela: «Seigneur, il est heureux que nous soyons ici» (Mt 17,4).
Ce bonheur qu’il a ressenti
provient de l’obéissance à faire ce voyage avec Jésus, même si ce dernier ne
leur a rien donné qui pouvait leur procurer ce bonheur. Par contre, nous
pouvons simplement dire qu’ils lui ont offert leur amitié en acceptant d’aller
avec lui sur cette montagne.
5. Nous devrions sans cesse
écouter la parole de Dieu nous parler du bonheur et y méditer régulièrement.
Dans le Livre des Actes des Apôtres, il est dit: «Il y a plus de bonheur Ã
donner qu’à recevoir» (Ac 20,35). Chacun a peut-être fait cette expérience.
Quand tu fais du bien à quelqu’un et que cela améliore sa condition de vie, tu
t’en trouves heureux alors que le bénéficiaire n’a rien donné en retour. Frères et sÅ“urs, plus nous nous fermons Ã
faire du bien aux autres, plus nous ratons le bonheur véritable.
Pour nous chrétiens, nous
savons bien que le bonheur dont nous parlons n’est pas seulement terrestre, car
nous savons que tout ce que nous faisons à l’un de ces petits est fait à Jésus
lui-même. Au jour du jugement, il nous dira: venez les bénis de mon Père
recevoir le Royaume que je vous ai préparé (cf. Mt 25). Chaque année, la
Semaine de partage nous rappelle ces petits dont Jésus nous parle, à travers
nos collectes.
6. Frères et sœurs, nous
vous rappelons, chaque année, de faire ce voyage de partage avec les autres de
ce que Dieu nous a donné. Dans l’Archidiocèse de Bujumbura, l’expression «bien
partager avec les autres ce que Dieu nous a donné» est contenue dans notre
thème pastoral de ces deux dernières années. Et cela n’exige pas d’avoir de
grandes richesses.
En effet, chacun peut donner
quelque chose. L’Evangile ne nous dit-il pas que ceux qui avaient cinq pains et
deux poissons, du fait qu’ils ont accepté de les mettre à la disposition du
Seigneur afin de partager avec les autres, ont pu manger à satiété et avoir des
restes?
A y regarder de près, tu as
toi aussi les cinq pains et deux poissons que tu ne veux malheureusement pas
dévoiler. Souviens-toi aussi de la farine de la veuve de Sarepta. Elle
s’attendait à mourir de faim après l’avoir préparée et mangée avec son fils. On
nous dit qu’à la parole de Dieu, elle fut agréablement surprise, car la farine
ne s’épuisa pas de son panier (cf. 1R17, 8-16). En vérité, plus tu t’engages
sur la voie de l’obéissance à la parole de Dieu, surtout en rapport avec le
partage, plus tu gagnes, comme le grain jeté en terre qui donne la vie.
7. Un autre rappel très
important: même si la Semaine de partage se focalise sur les pauvres, elle nous
invite, Ã travers ce partage, Ã voir en eux le Christ Dieu. Posons-nous donc
ces questions: sommes-nous conscients qu’en donnant nous offrons à Dieu qui se
manifeste à travers ce pauvre que l’Eglise nous invite à venir en aide pendant
le Carême? Quand nous attendons la visite d’une autorité, nous faisons tout
pour préparer sa venue. Sommes-nous conscients que ce Dieu que nous servons
dans le pauvre surpasse toute autorité?
Que ferions-nous si un
miracle se produisait et que Dieu descendait pour se faire accueillir chez
nous? Et si Dieu nous rendait à la mesure de ce que nous lui donnons, en
serions-nous contents? N’oublions jamais que de tous ceux qui ont présenté leur
offrande, c’est la veuve qui a été la plus appréciée, car même si elle n’a
donné que deux piécettes Jésus dit: «Car tous ont mis de leur superflu, mais
elle, de son indigence, a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait
pour vivre» (Mc12,44).
8. «Ne te détourne pas de
ton semblable» (cf Is 58, 7), surtout quand, grâce à la foi, tu vois en lui
l’image de Dieu. Cet appel est la voix qui nous rappelle sans cesse comment
bien aimer Dieu. C’est l’appel du Carême pour montrer à Dieu que nous l’aimons
vraiment.
Nos sacrifices du Carême
seraient vains s’ils ne nous rapprochaient pas des autres, surtout les pauvres.
Et comme vous le constatez, le pauvre n’est plus seulement l’enfant de la rue
ou la personne en situation de handicap qui vit de la générosité des passants.
Les pauvres c’est aussi
toutes ces personnes qui portent des maladies incurables, qui n’ont pas les
moyens pour se prendre en charge et qui ne savent pas à quel saint se vouer.
C’est aussi toutes ces personnes qui errent ici et là ou à l’étranger comme
réfugiés, du fait qu’ils ne sont pas dans leur patrie. Les pauvres sont
nombreux, vous le voyez vous-mêmes chez vous.Â
Même si notre Eglise n’est
pas en mesure de satisfaire à tous les besoins des pauvres, elle a néanmoins
l’obligation de poser de petits gestes pour maintenir l’espérance de la
plupart. Que personne ne se montre indifférent.
9. Chers fidèles du Christ,
comme d’habitude, cette Semaine de partage nous trouve dans une situation
difficile. Et c’est précisément là où il faut manifester la compassion et la
miséricorde.
Au cours de ces trois
dernières années, nous avons vu que ce cœur ouvert au partage du peu que nous
avons n’a cessé de faire que les collectes ont toujours sensiblement augmenté,
du fait que nous avons conjugué nos efforts, chacun étant fier d’avoir donné
quelque chose.
Nous vous en remercions
infiniment tout en vous disant que les bénédictions descendent toujours sur
quiconque n’hésite pas à partager en prélevant sur ce que le Seigneur lui a
donné. C’est finalement le voyage de la foi que Dieu nous invite à faire, comme
le fit Abraham sans savoir où il allait. Il se peut que vous ne verrez jamais
ces pauvres que vous aidez. Mais sachez que le message qu’ils ne cessent de
nous confier pour vous transmettre est un message de remerciement sincère.
10. Nous espérons que plus
nous comprenons que notre Famille sera édifiée par ses enfants, plus nous
aurons le souci d’intervenir auprès de nos frères pauvres. Ainsi, je lance un
appel vibrant à toute personne consciente de sa place dans la consolidation de
l’Eglise-Famille de se joindre aux autres en vue de lutter contre tout ce qui
est de nature à ternir la dignité de la personne humaine.
Je lance aussi un appel aux
riches et aux moins riches afin que la Semaine de partage qui va commencer le
08/3/2026 ouvre les chemins de leurs cœurs pour sentir que notre dignité est
fonction de la dignité que nous réservons aux pauvres. Que chacun soutienne
l’apostolat de la charité selon ses possibilités dans sa paroisse. En effet,
c’est à la charité sans aucune discrimination que chacun sera sauvé. C’est
aussi à cette charité que tous reconnaîtront que nous sommes disciples du
Christ (cf. Jn 13,35).
11. Dans cette même
orientation, au niveau de l’Archidiocèse, nous comptons mettre sur pied un
projet générateur de revenus pour nous occuper davantage de nos pauvres et
ainsi compléter progressivement les recettes provenant de la Semaine de
partage. Nous aimerions avoir la contribution de tout un chacun afin d’initier
quelque chose de pérenne pour donner plus d’espoir à nos pauvres. En vérité,
plus nous tardons à le faire, plus certains se découragent et croient qu’ils
n’ont plus d’avenir.
12. Chers prêtres, consacrés
et fidèles laïcs, membres tous de la famille de Dieu, avant de clôturer cette
instruction, permettez-moi de vous remercier tous du fond de mon cœur, pour
l’engagement que vous manifestez dans l’organisation de la Semaine de partage,
depuis sa préparation jusqu’à la répartition de la collecte obtenue.
Les collectes données dans
tous les lieux de culte, faites d’argent, d’habits, de vivres et d’autres biens
sont exclusivement réservées à l’apostolat de la charité. En effet, ces
collectes sont destinées à soutenir la Caritas nationale, la Caritas diocésaine
et les Caritas paroissiales. Bien plus, grâce à ces collectes, la Caritas
diocésaine organise des visites auprès des personnes se trouvant dans les
orphelinats et hospices pour personnes âgées, les malades hospitalisés, les
prisonniers etc. Vous comprenez donc que ceux qui attendent toujours quelque
chose de nous sont nombreux.
13. A vous tous je souhaite
une bonne Semaine de la charité. Qu’elle soit une occasion de renouveler notre
engagement envers nos frères pauvres,
dont certaines souffrent sans savoir à qui se confier. Il faut qu’ils sentent
notre présence et notre soutien en tant que fidèles de notre
Eglise-Famille. Que la Vierge Marie
notre Mère nous accompagne tous sur ce chemin, pour la gloire de Dieu et le
salut des hommes. Je prie pour que Dieu vous bénisse tous!
Fait
à Bujumbura, le 23 Février 2026
†Mgr Gervais BANSHIMIYUBUSA
Archevêque
de l’Archidiocèse de BujumburaÂ
Traduction du Kirundi en français: Bureau Pastoral et Services de l’ODDBU-Caritas Bujumbura Â