
À l'heure où l'Intelligence
Artificielle s'impose dans tous les secteurs de la vie sociale, l'Église Catholique
au Burundi a choisi de ne pas rester en marge de cette mutation, mais de
l'aborder avec ouverture et vigilance. C'est dans cette perspective que la
Commission Épiscopale des Vocations Sacerdotales et Religieuses, des Séminaires
et des Noviciats a réuni, du 07 au 12 Septembre 2026, à travers son Centre
National des Vocations de Gitega, l'ensemble des éducateurs et responsables
chargés de la formation initiale des futurs prêtres à travers le pays.
Inspirés par
Magnifica Humanitas, les travaux de ce séminaire ont porté sur la place de l'intelligence
artificielle dans la formation des futurs prêtres et l'action pastorale.
Une réflexion enracinée dans le Magistère de l'Église
Les travaux de réflexion
dans ce séminaire se sont ouverts par un large panorama de l'histoire de la
communication humaine, des gravures rupestres du paléolithique aux calculs
probabilistes des grands modèles de langage d'aujourd'hui - rappelant que la
quête de moyens toujours plus performants pour transmettre le savoir et la foi
n'est pas nouvelle, mais que chaque étape de cette histoire a également suscité
des interrogations profondes chez les penseurs et les pasteurs de leur temps.
Les formateurs ont
ensuite été invités à relire cette évolution technologique à la lumière du
Magistère de l'Église, depuis le décret conciliaire Inter Mirifica jusqu'aux
textes les plus récents. La note Antiqua et Nova, a notamment servi de fil
conducteur pour distinguer intelligence artificielle et intelligence humaine,
tandis que la récente lettre encyclique Magnifica Humanitas du pape Léon XIV a
permis d'approfondir la question de la protection de la personne humaine à
l'ère du numérique.
Entre recherche théologique et action pastorale, un
discernement à plusieurs niveaux
Le séminaire a
ensuite abordé les enjeux concrets que rencontrent quotidiennement les maisons
de formation burundaises. Sur le plan intellectuel, les formateurs ont été sensibilisés
aux avantages réels que l'intelligence artificielle peut apporter à la
recherche philosophique et théologique mais aussi à ses limites structurelles:
une machine, aussi performante soit-elle, ne possède ni la foi, ni la
conscience, ni le discernement moral propres au chercheur et au croyant.
Sur le plan
pastoral, les prêtres formateurs ont pu mesurer combien l'intelligence
artificielle investit déjà de nombreux champs de la vie ecclésiale, de la
catéchèse à la préparation des homélies, tout en identifiant avec clarté ce qui
ne pourra jamais lui être délégué: le secret de la confession, l'accompagnement
spirituel personnalisé, ou encore la présence humaine auprès des personnes en
souffrance.
Une session
spécifique a également porté sur les moyens de détecter les documents générés
par l'intelligence artificielle, afin de préserver l'intégrité académique dans
les travaux des séminaristes.
La communication institutionnelle synodale
Le deuxième thème
s’est penché sur la communication institutionnelle et la culture du numérique
dans la formation des futurs prêtres. Les réflexions et les échanges ont porté
sur la nécessité de dépasser le cloisonnement et la simple réaction, en vue
d’instaurer une véritable culture de la communication institutionnelle et du
numérique.
En interne, cette
démarche façonne une gouvernance synodale fondée sur l'écoute active et la
coresponsabilité, transformant l'information en un outil de discernement
communautaire au sein des équipes des formateurs. En externe, elle garantit la
crédibilité de ces institutions d'Église à travers la transparence
administrative et financière, la formalisation des processus décisionnels et la
gestion proactive des crises.
La synodalité est
restée le fil conducteur de ces réflexions au moment où l’Église qui est au
Burundi se prépare à faire mémoire des acquis de ce cheminement.
Abbé Dieudonné
Niyibizi